Tribune de Cléo Schweitzer consacrée à la santé
16 janvier 2012 par psregionalsaceEnrichir le Projet Régional de la Santé : les propositions du groupe Socialistes et Démocrates pour une organisation territoriale de la santé plus solidaire et plus pertinente.
Si l’État reste le maître d’ouvrage de la politique de santé, ce sont les collectivités territoriales qui assurent les grandes missions de santé publique. Ainsi la Région Alsace est en charge des formations initiales sanitaires et sociales. Mais il nous a paru indispensable de nous intéresser plus largement à une thématique aussi importante pour le quotidien des Alsaciens.
Nous approuvons et reconnaissons le travail de qualité qui a été effectué par les services de l’Agence Régionale de la Santé (ARS) malgré le calendrier trop contraint qui a été imposé par l’Etat. Grâce à ce travail, nous disposons d’un état des lieux exhaustif et une mise en lumière des problématiques majeures pour nos concitoyens.
Notre première remarque concerne la nécessité de garder un lien fort entre les approches théoriques et comptables et la réalité sur le terrain d’un principe qui nous est cher : l’égalité des citoyens devant l’accès aux soins. Or si le Projet Régional de Santé, regroupant un ensemble important de documents, présente à sa lecture un intérêt certain, il ne devra jamais, à nos yeux, occulter les incohérences bien réelles vécues dans nos territoires. A ce titre, les élus de terrain que nous sommes ont été interpellés au sujet de la situation de l’hôpital de Fréland dont la fermeture a été annoncée. Suite à la mobilisation des citoyens et des élus, un moratoire d’un an a été décidé.
Considérant que la proximité doit être une réalité en milieu rural comme en milieu urbain, nous préconisons un maintien de cette structure et dénonçons cette volonté de regroupement affichée par l’Etat dans un souci comptable. Ce qui reste comme l’un des meilleurs systèmes de santé publique au monde ne doit pas être démantelé sur l’autel de la rigueur budgétaire.
Notre deuxième remarque concerne la forte corrélation qui existe entre indicateurs de santé et situation sociale de la population. Le fait urbain, et c’est particulièrement vrai pour Mulhouse et Strasbourg se caractérise par des indicateurs socio-économiques défavorables et est marqué par une nette surmortalité prématurée par rapport à l’ensemble de la région. C’est aussi le cas de deux cantons ruraux, Saales et Sainte-Marie-aux-Mines, qui cumulent des indicateurs socio-économiques défavorables et des taux de mortalité parmi les plus élevés de la région.
Mais paradoxalement, l’Alsace est aussi l’une des régions qui compte la part de spécialistes libéraux en secteur 2 la plus importante après l’Ile de France et Rhône-Alpes et cette tendance augmente plus rapidement qu’au niveau national. Aujourd’hui notre région est fortement touchée par la crise économique, or nous ne trouvons aucune réponse concrète dans le projet à ce qui devient pour de plus en plus d’Alsaciens un frein important à l’accès aux soins. Les inégalités se creusent sans que vraiment la réponse publique soit à la hauteur des enjeux et encore moins prioritairement dans les zones exposées. Cela est vrai pour les soins comme pour la prévention.
Le Schéma Régional d’Organisation des Soins reste à nos yeux, insuffisant dans un contexte de vieillissement de la population, de rareté du nombre de médecins dans certains secteurs et surtout d’austérité budgétaire. La prévention devient, dans un tel contexte, l’outil prioritaire à mobiliser pour le bien-être de nos concitoyens. Or si le Schéma Régional de Prévention a connu de réelles avancées lors des réunions préparatoires, l’incertitude des moyens dédiés à ce secteur tempère notre enthousiasme. De plus, nous regrettons vivement que la santé environnementale n’ait pas une place plus importante à l’heure où le nombre de cas d’allergies explose, et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres… Enfin la médecine du travail connait une crise actuellement qui malheureusement ne trouve pas de réponse dans le nouveau Plan Régional de Santé à notre grand regret. Les pressions importantes que connaissent les salariés de tous échelons et tous secteurs en cette période économique trouble justifiaient à elles seules un vaste plan de redynamisation de ce secteur.
S’agissant du Schéma Régional d’Organisation Médico-Social et du Programme Interdépartemental d’Accompagnement des handicaps et de la perte d’autonomie (PRIAC), l’établissement clair de priorités nous parait indispensable tout comme une nécessaire meilleure coordination des réseaux qui travaillent sur ces thématiques. Pour les personnes âgées, nous souhaitons que les décisions prises aillent dans le sens d’un maintien à domicile dans les meilleures conditions pour les malades comme pour les aidants. Quant au handicap, l’ensemble des participants aux réunions préconisaient la mise en place urgente d’un outil d’information performant et global, accessible au plus grand nombre. Trop souvent, les familles ne savent pas vers qui se tourner et doivent s’adresser à des interlocuteurs multiples pour régler les différents aspects liés au handicap.
Les quelques remarques que nous avons tenues à faire parvenir en complément de nos diverses participations aux réunions préparatoires ont pour but de rappeler que la première des égalités qui doit être respectée, c’est peut-être celle de l’accès aux soins pour tous les Hommes. Or les politiques menées actuellement nous en éloignent chaque jour un peu plus.
L’énorme document que représente le Projet Régional de Santé ne doit pas cacher la réalité : les moyens financiers ne sont pas à la hauteur des besoins en Alsace comme probablement partout en France. Nous ne pouvons que le regretter mais nous continuerons à travailler pour que la Santé devienne l’affaire de tous, y compris du Conseil Régional d’Alsace !
Cléo SCHWEITZER
Pour le groupe Socialistes et
Démocrates

